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sur le sentier des lauzes : résidence d'artiste dans l'atelier refuge dans les monts de l'ardèche (1er - 20 septembre 2015)

 

 

 

 

quelques dessins réalisés prendant la résidence (format a3) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

extraits du journal : 6.9.15, à 13h12

tracer la ligne du sentier à l'aide d'un pochoir découpé dans une feuille de papier. choisir la couleur du crayon en fonction des couleurs repérées sur le sentier. tracer la ligne à partir de l'endroit où se trouve l'atelier refuge et refaire mentalement le chemin en pensant aux différents lieux correspondant à des courbes, excroissances ou droites de la ligne.

la ligne devient cheminement et la petite échelle de la feuille de papier est doublée mentalement par l'échelle réelle de la marche, du paysage. le tout complété par des micro-événements : l'odeur des pommes chaudes ramassées dans l'herbe, un cailloux trouvé, une montée ombragée, le goût de mûres juteuses, le passage net de feuillus à des résineux, la couleur des églantiers, une parole échangée, une pensée pour les défunts anonymes qui ont construit ces terrasses (faisses) et une pensée pour mes défunts proches qui cheminent avec moi.

 

7.9.15, à 7h05 :

cheminer avec la plume sur le papier, c'est une randonnée de dessin dans les anfractuosités du papier et entre les failles des lignes et taches déjà tracés.
le fait d'avoir marché ces derniers jours, de m'être imbibé d'impressions de paysages, me fait vivre l'espace de la feuille du dessin très dynamiquement, comme un immense territoire à explorer. les échelles se confondent, et l'avancement de la plume est une découverte constante, la moindre courbe devient un tournant dans le paysage du dessin qui ouvre une nouvelle perspective : sur un ravin, sur une pente boisée, sur un pic.

 

9.9.15, à 10h23 :

l'aller-retour au village et le détour à la source pour faire le plein d'eau m'ont mis en forme !

la fragilité des pointillés dans les grosses masses de lavis correspond à la fragilité du cheminement humain dans cette nature. à la légèreté de la présence humaine, si vite effacée.

pointillés = tatouage du territoire. une façon de s'approprier le territoire, comme on s'approprie son propre corps avec un tatouage.

12.9.15, à 8h45 :

de très grosses pluies depuis cette nuit. réorganisation de la vie en mode averses. et c'est très beau aussi : lambeaux de brume accrochés aux flancs des ravins, enveloppant châtaigniers et pins isolés : c'est un lavis vivant.

défricher la ligne : la rendre limpide, lisible, évidente, comme neuve.

enfrichement de la ligne (et du dessin) : laisser libre cours, laisser les accidents advenir, le flou, le diffus, l'hybride, habiter les tiers-paysage du dessin avec leurs potentialités irréfléchies. s'y frayer un chemin avec des outils qui sont à la fois causes et effets.

sentier = oeuvre collective. en marchant dessus, on l'entretient, on le redessine en permanence.

17.9.15,19h05 :

temps splendide en fin de journée. je range, et je sors aussi tous mes dessins. sur la grande table dehors, je regarde toute la pile, et je trie entre "pas mal" et "raté" ou "à reprendre". la contrainte de toujours introduire au moins un fragment de la ligne du sentier des lauzes s'avère assez riche et introduit toujours un élément étranger, quasi-abstrait dans les dessins, et les tire ainsi vers plus de complexité. j'aime aussi l'idée qu'il s'agit d'un lien avec le territoire. cette ligne peut délimiter, enfermer, exclure, mais aussi faire du lien, plastiquement dans les dessins, et mentalement avec le paysage et ses habitants ou habitués.

je repense à nouveau à christine buci-glucksman et son texte. je viens de fouiller dans mon ordi et en trouve une copie. elle termine ainsi, notamment avec une citation d'henri michaux :

lignes et dessins se déploient alors en univers multiples, où les appartenances ne sont jamais des frontières :
"transgression accomplie
un lieu n'est plus dans son lieu
un endroit élu le remplace, sorti du fond des âges"

 

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